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Lettre d’info #149 – La grande désillusion ?
👋 La grande désillusion ? par France Velazquez, Conseillère du président en matière de Formation professionnelle et de liens avec le monde socio-économique, Directrice formation professionnelle et apprentissage CY Cergy Paris Université
Lors de l’évènement organisé par le CESE (le conseil économique social et environnementale) du 11 février 2026, « Face aux transitions : une révolution des compétences », Thierry Beaudet, son président a évoqué le fait que les transitions que nous vivons, écologiques, numériques, démographiques ne se limitent pas à des ajustements sectoriels ou technologiques. Elles bouleversent en profondeur le monde du travail, les métiers et par conséquent les compétences.
Selon l’OCDE, la durée de vie d’une compétence technique est passée de 30 ans en 1987 à 2 ans aujourd’hui, une conséquence inévitable des progrès technologiques.
On peut donc se questionner sur l’adéquation entre les dispositifs de formation et ces enjeux qui impactent les compétences.
L’évolution en cours de certains dispositifs de financement de la formation professionnelle semble assez orthogonale avec les besoins en compétences et la qualité de l’offre de formation requise.
En effet, le PLF pour 2026 prévoit différentes mesures de régulation du CPF à travers plusieurs décrets :
- Décret relatif aux conditions d’éligibilité au compte personnel de formation et au plafonnement de prise en charge par ce compte de certaines actions de formation
- Décret définissant les conditions d’éligibilité au compte personnel de formation des bilans de compétences mentionnés au 2° de l’article L. 6313-1 du code du travail
- Décret relatif à la durée minimale des bilans de compétences et à la constitution de la réserve de précaution prévue par l’article R. 6333-10 du code du travail.
Par ailleurs, la participation obligatoire due par les bénéficiaires du CPF lorsqu’ils mobilisent leurs droits va être portée à 150 € selon un projet de décret soumis à la CNNCEFP le 11 février 2026, qui prévoit de modifier l’article R.6323.
Plus précisément, plusieurs mesures sont prévues pour le plafonnement du CPF :
- 900 € pour « les préparations aux épreuves théoriques et pratiques des catégories de véhicules terrestres à moteur du groupe léger » ;
- 1 500 € pour « les actions sanctionnées par des certifications et habilitations enregistrées dans le répertoire spécifique, à l’exception de celles menant à la certification relative au socle de connaissances et de compétences professionnelles », à savoir CléA qui est donc exempté de ce plafonnement ;
- 1 600 € pour les bilans de compétences.
Or, notre réseau a entamé depuis plusieurs années des démarches collectives d’enregistrement de certifications inter établissements (5 dossiers ont été déposés à ce jour auprès de France Compétences) pour porter nos diplômes universitaires sur le répertoire spécifique afin de leur donner de la visibilité et de faciliter la mobilisation de financements pour les stagiaires.
Si l’on prend l’exemple des diplômes universitaires en santé, dans lesquels interviennent des experts professionnels tels que les médecins et des experts académiques tels que nos enseignants chercheurs, il est inconcevable d’imaginer que le financement de ces certifications serait plafonné à 1500€ sans tenir compte du volume horaire de formation et du niveau d’expertise nécessaire des intervenants.
Par ailleurs, s’agissant de l’apprentissage, un projet de décret relatif à l’aide exceptionnelle aux employeurs vient d’être transmis à la CNNCEFP le 13 février 2026. Il prévoit de moduler l’aide en fonction de la taille des entreprises et du niveau de formation. L’aide chute à 750 euros pour les niveaux 6 et 7 dans les entreprises de 250 salariés et plus et à 2000 euros dans les entreprises de moins de 250 salariés.
Alors s’il est compréhensible de vouloir trouver des économies dans un contexte budgétaire contraint, il est en revanche surprenant d’avoir des mesures quantitatives qui vont à l’encontre des besoins en compétences de notre pays mis en avant par de nombreuses études et par le gouvernement lui-même. On peut également s’interroger sur le poids financier réel de ces mesures en comparaison du risque qu’elles font peser sur les besoins en compétences des entreprises.
Cela revient à ignorer à nouveau l’ambition première du dispositif CPF qui a succédé au droit individuel à la formation pour sécuriser la trajectoire professionnelle des actifs, de tous les actifs.
Cela revient aussi à nier la pertinence d’un dispositif comme l’apprentissage qui allie le meilleur des deux mondes professionnels et académiques pour former les citoyens de demain en diversifiant les voies d’accès aux certifications pour permettre l’ouverture à un public plus large.
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👋 Bonne lecture et passez une excellente fin de semaine.
